Les addictions aux substances psychoactives sont responsables chaque année en France de plus de 100 000 décès évitables par accidents et maladies. Elles sont également à l’origine de handicaps, de nombreux problèmes familiaux et professionnels, d’actes de violence et de précarité qui génèrent une souffrance et un coût social majeurs. De ce fait, elles constituent un véritable enjeu de santé publique.

 

La définition des conduites addictives couvre aujourd’hui :

 

- les conduites de consommation de substances psychoactives, quel que soit le statut légal de la substance

 

- les addictions dites comportementales ou addictions sans drogue, qui comprennent le jeu pathologique, les troubles des conduites alimentaires, les cyberaddictions, etc

 

De nombreuses définitions ont été proposées pour le terme d’addiction.

Son étymologie est latine et signifie esclavage.

 

La définition la plus rigoureuse de l’addiction est apportée par GOODMAN :

« processus dans lequel est réalisé un comportement qui peut avoir pour fonction de procurer du plaisir et de soulager un malaise intérieur, et qui se caractérise par l’échec répété de son contrôle et sa persistance en dépit des conséquences négatives ».

 

 

L’alcool 

 

L’alcool est une substance éminemment addictive. Au cours de la vie, la consommation d’alcool entraîne un certain nombre de dommages. Les mécanismes sociaux, culturels et neurobiologiques vont faire que chez certaines personnes va s’installer une dépendance. Les dommages vont être de plusieurs ordres : somatiques, psychologiques, psychiatriques, sociaux, familiaux, professionnels... Il s’agira dans un premier, en fonction de l’histoire et du projet individuel de la personne de prioriser les domaines d’accompagnement, d’en partager l’évolution pour que le projet de sortie ait un sens.

 

 

L’alcool et le tabac 

 

Alcool et tabac vont souvent de paire selon de nombreuses études. On estime à 95 % la proportion d'alcoolo-dépendants fumeur, avec une consommation moyenne de 20 cigarettes par jour. Plusieurs auteurs ont mis en évidence une corrélation entre la dépendance à l'alcool et la dépendance au tabac. Cette co-dépendance peut être problématique lors de la désintoxication. La corrélation entre la dépendance au tabac et la dépendance à l'alcool est mise en évidence quelles que soient les méthodes utilisées.

Dans cette population, le niveau de sévérité de la dépendance à l'alcool évolue comme celui de la dépendance à la nicotine. Les personnes en soin font état de leur extrême difficulté à abandonner la cigarette, plus encore qu'ils n'en éprouvent au sevrage de l'alcool. L'abandon simultané des deux produits se révèle très difficile.

Si un individu essaie de se débarrasser de sa dépendance à un produit, il est souvent amené à recourir au second comme substitut. Malgré ces difficultés, l’aide à l’arrêt du tabac fait également partie de nos axes de travail.

 

L’alcool et les médicaments 

 

L'effet des médicaments diminue au fur et à mesure qu'ils sont métabolisés par des enzymes et éliminés de l'organisme. De même, quelque temps après son ingestion, l'alcool est métabolisé et éliminé, principalement par le foie. L'alcool peut amplifier les effets inhibiteurs des produits sédatifs et hypnotiques.

 

La consommation aiguë d'une forte dose d'alcool  peut inhiber le métabolisme d'un médicament et retarder son élimination. L'alcool entre en compétition avec le produit en monopolisant les mêmes enzymes métaboliques. Cette interaction prolonge la disponibilité du médicament : l'alcool potentialise l'effet du médicament et augmente les risques d'effets secondaires.

 

L'ingestion chronique d'alcool peut, au contraire, activer les enzymes du métabolisme du médicament, et accélérer son élimination, ce qui diminue l'efficacité du traitement. Une fois activés, les enzymes peuvent exercer leur action même en l'absence d'alcool, perturbant ainsi le métabolisme de certains produits plusieurs semaines après l'arrêt de la consommation d'alcool.

 

Pour cette raison, les personnes alcoolodépendantes récemment abstinentes nécessitent une posologie supérieure à la normale afin d'obtenir l'effet thérapeutique attendu. Certaines enzymes activées peuvent transformer les médicaments en produits toxiques, qui provoquent alors des lésions hépatiques ou des lésions sur d'autres organes.

 

 

 L’alcool et la toxicomanie

 

La clinique des addictions comporte un tronc commun, mais de nombreuses distinctions et différences existent  entre consommateurs d’alcool et consommateurs de produits psychoactifs comme les produits illicites (héroïne, morphine, cannabis…) même si la consommation de cannabis est souvent associée à l’alcool et au tabac. Ces spécificités apparaissent plus nettement  quand il y a une forte dépendance à un seul produit illicite .Plus la dépendance est installée, plus les dommages induits sont spécifiques et demandent des programmes thérapeutiques spécialisés.

 

 

Les façons de consommer ont fait l’objet de définitions lors de différentes conférences de consensus, il s’agit :

 

du mésusage : toute conduite de consommation à l'égard d'une substance psychoactive caractérisée par l'existence de risques et/ou de dommages et/ou de dépendance

 

l’usage à risque : toute conduite de consommation d'une substance psychoactive caractérisée par l'existence de risques ET l'absence de dépendance ET de dommages

 

l‘usage nocif : toute conduite de consommation d'une substance psychoactive caractérisée par l'existence de dommages ET l'absence de dépendance

 

l’usage avec dépendance : toute conduite de consommation d'une substance psychoactive caractérisée par l'existence d'une dépendance : perte de la maîtrise de la consommation, quels que soient la fréquence et le niveau de la consommation, et qu'il existe ou non des dommages.